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Rabah Belamri
C’est l’un des plus grands hommes de lettres algériens. Pourtant son nom
demeure dans l’ombre. Ses écrits viennent de ses visions singulières de
l’existence.
Rabah Belamri est né le 11 octobre 1946, à Bougaâ, . Il perd la vue en 1962. Mais ce
tourment ne fait que renforcer la force et la volonté de ce génie. Etabli à
Paris depuis 1972, il prépare une thèse de doctorat d'État sur l'oeuvre de Jean Sénac. Parmi ses Å“uvres on peut citer : L'oeuvre
de Louis Bertrand, Miroir de l'idéologie colonialiste, thèse de 3e
cycle, OPU (Alger), 1980, Les Graines de la douleur et La rose
rouge, recueils de contes populaires, Publisud (Paris), 198l, Le soleil
sous le tamis, récit, Publisud, 1982 et Sept poèmes, Bernard Gabriel
Lafabrie (Paris), 1983.
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Rabah Belamri nous a quittés le 26 septembre 1995. Cet écrivain prolifique a eu
plusieurs cordes à son arc ; poète : Le galet et l’hirondelle, L’olivier boit
son ombre ; conteur : Contes de l’Est algérien, L’oiseau du grenadier,
L’âne de Djeha ; romancier : Le soleil sous le tamis, Regard blessé,
L’asile de pierre, Femmes sans visage, Mémoire en archipel ; essayiste :
Jean
Sénac, entre désir et douleur.
Et chose assez rare chez nos auteurs pour être saluée ici, il a publié des
ouvrages en édition bilingue (français, arabe), notamment : Proverbes et
dictons algériens et L’âne de Djeha.
Dans ses œuvres, Belamri cadrait ses personnages en
des lieux géographiquement déterminés (Oued Bousselem, Hammam Guergour,
Bougaâ...) et en plantant les décors où se meuvent ses héros (il n’hésitait pas
d’ailleurs à les faire parler en arabe dialectal ; en tout cas, à puiser leurs
expressions dans le terroir local). Il est vrai aussi que le monde fascinant de
l’enfance et l’Algérie en guerre et post-indépendance étaient des domaines de
prédilection pour lui.
Ainsi dans Femmes sans visage, il décrit
l’euphorie d’alors : « Les salves du fusil, les klaxons en folie, les
vibrations de tambour... une rumeur de youyous ou de chants patriotiques
diffusés par haut-parleurs. » Conteur émérite, il empruntait à la culture
populaire algérienne « des symboles, des métaphores, des tournures de phrase,
des rythmes de langage, des modes de narration ». Mais plus qu’un conteur,
Belamri s’intéressait naturellement aux problèmes algériens ; ainsi, s’agissant
de la condition féminine, pour lui : « Notre société sera condamnée à
l’erreur et à l’impuissance tant que la femme ne sera pas prise en compte »,
car « symbole de liberté et de vie ».
Il dit non aux « idéologies de la régression.
» Dans l’entretien que j’ai eu avec lui (cf. Le Soir d’Algérie du 18 octobre
1992), il me disait à propos de l’enfance : « Présents dans mes romans, les
thèmes de l’enfance sont au centre du Soleil sous le tamis et de Mémoire en
archipel. Ces deux récits, situés dans l’univers de l’enfance, se présentent à
la fois comme une exploration des soubassements de mon être et comme une
archéologie de la mémoire collective. »
Quant à la place des écrivains algériens de graphie
française dans la culture nationale :« Voilà plus de quarante ans que la
littérature algérienne de langue française a acquis une légitimité en Algérie et
hors de l’Algérie. Imposée par l’histoire, elle est, qu’on le veuille ou pas,
une réalité nationale. Vouloir chasser de notre mémoire littéraire Amrouche ou Sénac, Kateb ou Mammeri : un comportement d’automutilation.
L’anathème jeté sur cette part de notre culture est franchement
scandaleux.
Il constitue une atteinte à la liberté d’expression
et de création. »
L’absence de diffusion de ces Å“uvres algériennes en
Algérie le révoltait, mais comme il le disait alors, cela ne l’empêchait pas de
vivre dans la sérénité son rapport à la langue française qui « ne s’oppose
pas à la langue de la mère, mais entretient avec elle un rapport d’échange
créatif ».
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Regard blessé (Roman) - Gallimard, Paris, 1987
Note de l'éditeur
Algérie, 1962 : à la veille de l'Indépendance, dans
un village meurtri par sept années de guerre, Hassan, âgé de quinze ans,
commence à perdre la vue à la suite d'un décollement de rétine. Devant
l'impuissance de la médecine moderne à guérir l'enfant, la mère recourt à la
magie noire et aux médecines traditionnelles : marabouts, sorciers et
charlatants multiplient les traitements cocasses et dangereux.
L'adolescent vit une double tragédie : les progrès
implacables de son mal et l'histoire de son pays faite de douleurs et
d'incertitudes. Et pourtant Hassan le merveilleux sait rire et désirer, souffrir
et apprendre, visiter sa mémoire en feu et observer la vie autour de lui -
tendre, folle et cruelle.
Sa lucidité et son courage font de ce roman une
oeuvre rare qui nous touche en plein coeur.
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