Rabah Belamri

C’est l’un des plus grands hommes de lettres algériens. Pourtant son nom demeure dans l’ombre. Ses écrits viennent de ses visions singulières de l’existence.

Rabah Belamri est né à Bougaâ, dans l’actuelle wilaya de Sétif en Algérie. Il perd la vue en 1962 (année d’indépendance de l’Algérie). Après des études au lycée de Sétif, à l’École des jeunes aveugles d’El Biar (Alger), à l’École normale d’instituteurs de Bouzareah et à l’Université d’Alger, il arrive en 1972 à Paris où il soutient un doctorat sur l’œuvre de Louis Bertrand Miroir de l’idéologie coloniale qui fut publié par l’Office des publications universitaires en 1980. Il acquiert la nationalité française.

Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes, de contes et de romans inspirés par son enfance algérienne. Il fut touché par l’œuvre de Jean Sénac à qui il consacra un essai et qu’il considérait comme un guide.

Il meurt le 28 septembre en 1995 à Paris la suite d’une intervention chirurgicale, laissant son œuvre inachevée.


Citation

« Il est temps de recueillir les trésors de notre culture orale, menacés de disparition par le tumulte de la télévision. Aujourd’hui, en Algérie, les veillées s’organisent autour du petit écran et les conteurs n’ont plus le temps ou ne trouvent plus l’occasion et la nécessité de conter. (…) j’ai tenté, dans la mesure de mes moyens, de sauver de l’oubli une parcelle de notre patrimoine culturel. (…) Ces contes recueillis en arabe dialectal, je dus les traduire en français (…). Il ne fait pas de doute que cette langue les sort de leur isolement et les propulse dans la sphère du patrimoine culturel universel. »

Jugements

« Pour Rabah Belamri, questionneur infatigable du monde, la poésie n’est sans doute qu’un moyen qui participe, avec d’autres, à une quête de clarté et de plénitude. Un besoin de lumière comme d’une eau longtemps refusée mais aussi une dénonciation de tout ce qui grève le quotidien et l’espérance : la femme aliénée ou marchandée, le bonheur séquestré. »

— Tahar Djaout, Les mots migrateurs : une anthologie poétique algérienne, Alger, Office des publications universitaires, 1984

« Il a du souffle, de la force, une violence dans la chaleur comme dans la tendresse qui témoignent d’une autre terre, d’un autre soleil que les nôtres, bref d’une autre tradition. »

— Georges-Emmanuel Clancier (quatrième de couverture de Le galet et l’hirondelle, 1985)

« Son œuvre parlait de la difficulté d’être, de l’exil, de la solitude. Mais elle nous parlait aussi de tendresse, elle nous emportait dans son élan vers les humiliés, vers tous ceux que la violence contemporaine broyait, abandonnait. »

— JMG Le Clézio, dans Le Monde, Paris, 13 octobre 1995

Œuvres

  • L’œuvre de Louis Bertrand, miroir de l’idéologie colonialiste, Office des Publications Universitaires, Alger, 1980.
  • Les Graines de la douleur, contes populaires algériens, Publisud, Paris, 1982, 110 p. (ISBN 2866000285).
  • La Rose rouge, contes populaires algériens, Publisud, Paris, 1982.
  • Le Soleil sous le tamis, récit d’enfance autobiographique, Publisud, Paris, 1982, 316 p. (ISBN 2866000209).
  • Chemin de brûlure, poèmes, dessins de Hamid Tibouchi, Éditions de l’Orycte, Paris, 1983.
  • L’Oiseau du grenadier, contes algériens, proverbes et souvenirs d’enfance, Castor poche, Flammarion, Paris, 1986.
  • Le Galet et l’hirondelle, poèmes, l’Harmattan, Paris, 1985, 108 p. (ISBN 285802447X).
  • Proverbes et dictons algériens, L’Harmattan, Paris, 1986.
  • Regard blessé, roman autobiographique, Gallimard, Paris, 1987, Prix France Culture 1987; Folio, 2002.
  • Jean Sénac: entre désir et douleur, essai, Office des Publications Universitaires, Alger, 1989.
  • L’Olivier boit son ombre, poèmes, couverture et illustrations de Pierre Omcikous, eau-forte de Abdallah Benanteur, Edisud, Aix-en-Provence, 1989, 104 p. (ISBN 2857443516).
  • L’Asile de pierre, roman, Gallimard, Paris, 1989, 152 p.
  • L’Ane de Djeha, L’Harmattan, Paris, 1991.
  • Femmes sans visage, roman, Gallimard, Paris, 1992 (Prix Kateb Yacine), 141 p.
  • Pierres d’équilibre, poèmes, Le Dé bleu, 1993.
  • Mémoire en archipel, recueil de récits, Gallimard, Paris, 1994, 133 p.
  • Chronique du temps de l’innocence, Gallimard, Paris, 1996.
  • Corps seul, poèmes, Gallimard, Paris, 1998, 70 p.