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Entre les Babors et les Bibans : Haltes sur les monts de Sétif

 Avec le nouvel axe autoroutier, le temps s’est rétréci entre Alger et Sétif. Entre trois heures et demie et quatre heures lorsqu’on prend en considération les embouteillages à la sortie de la capitale. Cependant, bientôt, avec l’achèvement du tronçon de Larbaâtach et de ses deux tunnels, le temps sera encore plus réduit. La capitale des Hauts Plateaux apparaît tel un mirage sur l’asphalte de l’autoroute à quelques kilomètres avant d’avoir foulé le sol de son périmètre urbain. Déjà, à la sortie de la ville de Aïn Arnat, l’agglomération de Sétif se dessine dans ses grands traits par des quartiers massifs faits d’immeubles hauts et denses. Les larges boulevards, particulièrement ceux attenants à l’ancienne route nationale n°5, sont également perceptibles de loin.

 Classée à juste titre au début des années 2 000 comme étant la ville la plus propre d’Algérie, Sétif commence apparemment à douter actuellement de ce louable statut. C’est ce que discute le landerneau sétifien depuis qu’un décor inhabituel, fait d’immondices à tout-va et de recul de certaines valeurs de civisme, s’est insidieusement installé au cours de ces trois dernières années.Par rapport aux reliefs environnants ou lointains, la ville se détache de l’horizon, fait place nette à une vaste plaine que ne vient perturber aucune colline ou mamelon. Les quelques protubérances des bosquets qui annoncent la ville à environ deux kilomètres ne remettent pas en cause la forme plate d’un site situé à 1.080 m d’altitude.C’est au loin que la wilaya de Sétif montre ses secrets reliefs. Des massifs positionnés au nord, les Babors, à presque 70 km de la ville ; d’autres, les crêtes formant la dorsale de Boutaleb, au sud, soit à environ 40 km de la ville.
Territoire de brassage

Le territoire de la wilaya de Sétif commence au sud dans les chotts (dépressions), au pied des monts de l’Aurès et dans les limites des sommets du Hodna. Il se termine au nord aux portes de Kherrata, wilaya de Béjaïa, à quelque 30 km de la mer. Cette étendue est traversée de parte en part par la route nationale n°5 (Alger-Constantine) et par la nouvelle autoroute Est-Ouest, ce qui fait de Sétif un grand carrefour géographique, humain et économique entre l’extrême Est du pays et le Centre, et entre la Kabylie et les Aurès.La plaine de Sétif a été le lieu de brassage des populations chaouies habitant le sud de la wilaya, des populations des Hauts Plateaux et de celles de la Kabylie. Ces dernières descendent des massifs des Bibans (nord-ouest) et des Babors (nord). Ce mouvement de brassage a connu une grande ampleur au cours de la guerre de Libération nationale suite à la politique de cantonnement et de regroupement imposée par l’autorité militaire coloniale.

Aujourd’hui encore, la ville de Sétif, agglomération d’importance régionale à laquelle il faut ajouter un « faubourg » commercial d’importance capitale à 27 km d’ici, à savoir El Eulma, reçoit la main-d’œuvre, les fonctionnaires et les métiers libéraux du Tell kabyle, de Batna, de M’Sila et de Bordj Bou Arreridj. Cette dernière ville dépendait de la wilaya de Setif avant qu’elle n’accède, en 1984, au statut de chef-lieu de wilaya.

Multiple splendeur

Le capitaine Carette, du de génie militaire français, écrivait à propos de cette région dans un rapport intitulé « Algérie et Etats tripolitains » (réédition chez Bouslama, Tunis, en 1980 : «Sétif, l’ancienne colonie de Sitifis, domine la vallée large et fertile de cette rivière, qui, à travers la Kabylie orientale, va verser ses eaux dans le golfe de Bougie. La plaine de Sétif est bornée à une distance de quelques lieues seulement par le prolongement de la chaîne du Magris, l’une des montagnes qui séparent le bassin du Roumel de celui du Bou-Sellam. Au sud, elle est limitée par les crêtes du Bou-Taleb, qui appartient au massif de séparation entre le Sahara et le Tell. Dans l’est elle se prolonge au delà du méridien de Constantine, et jusqu’à la régence de Tunis ; dans l’ouest elle s’arrête au massif montagneux que traversent les portes de Fer.

Cette situation géographique jointe à l’admirable salubrité du climat explique le rang que Sétif a occupé sous la domination romaine et qu’elle est appelée à ressaisir sous la domination française. Placée à cheval sur les deux principaux bassins de la province, à l’entrée d’un immense plateau qui les domine l’un et l’autre, en face d’une des portes principales qui donnent accès dans le Sahara, Sétif compte parmi les positions maîtresses auxquelles se rattachent, à toutes les époques, suivant les circonstances, les destinées de la paix ou de la guerre. Dévastée dans les luttes incessantes du Moyen Age, elle demeura cependant centre de population et de production : à cette époque elle jouissait encore d’un grand renom pour ses plantations de cotonniers et de noyers ».

Un peu plus loin, le capitaine Carette ajoute : « Comme pour perpétuer le témoignage de son ancienne splendeur, au milieu des ruines accumulées dans son enceinte déserte, s’établit un marché périodique, où les habitants de toutes les régions comprises dans l’ancien royaume de Bougie venaient chaque dimanche apporter les produits de leur travail et se pourvoir des denrées nécessaires à leur subsistance et à leur industrie. Sétif demeura ainsi ce qu’elle avait toujours été, ce qu’elle sera toujours, l’anneau d’alliance entre la montagne et la plaine, entre la population kabyle et la population arabe »

Les fragrances de Guenzet

Au niveau de la banlieue du nord de la ville de Bordj Bou Arreridj nous prenons la RN 76. Cette route serpente sur des versants de montagne jusqu’à djebel Morissane (1.497 km), descend sur les hameaux El Firane et Tassamart. Après avoir traversé l’Oued Chertioua, qui constitue la partie amont d’El Main, nous entrons à Bordj Zemmoura qui s’adosse au massif de Ouled Rezzoug. Ici se termine la wilaya de BBA. Nous venons de parcourir 34 km. Nous abordons le massif de Ouled Rezzoug et le territoire de la wilaya de Sétif. Au bout d’un chemin sinueux long de 6 km, nous apercevons la petite ville de Guenzet, située à 1.000 m d’altitude. C’est une ancienne agglomération qui n’a pas beaucoup évolué sur le plan architectural et urbanistique malgré une extension bien visible qui commence à donner de nouveaux contours à la ville. L’on nous apprend qu’en dehors de quelques jardins familiaux et d’une agriculture de subsistance très précaire, le reste de la population travaille à Bordj Bou Arreridj ou à Setif. Autour de Guenzet, se dresse une perle de hameaux et de bourgades dans un décor picaresque : Ighil Lekhmis, Taourirt Tamellalt, Tidjet, Asga, Mezrarègue,… Les collines et les buttes dominant de profonds vallons sont décharnées par l’érosion qui dessine des griffes et des ravines assez denses sur les versants. Nous sommes, ici, près d’El Main et de Tamokra (communes appartenant à la wilaya de Béjaïa). Juste derrière, la sierra qui descend depuis Bordj Boni jusqu’aux monts de Bound et Tafreg, les villages et les hameaux dispersés sur les Bibans s’offrent à la vue : Taourment, Ouchanène, Guelaâ, Tiniri, Boutaouab, Touffirt, Bicher,…

La difficulté de vivre sur ces pentes marneuses rudes est à l’origine d’une forte mobilité de la population et de l’émigration intérieure et vers l’étranger. Des troupeaux de caprins broutent des herbes chétives sur les berges d’un ruisseau tari à quelques dizaines de mètres de Guenzet. Ils sont conduits par des bergers qui ne dépassent guère 14 à 15 ans.

Au-delà, en continuant la course sur la RN 76, c’est Bougaâ qui nous attend. Pour y parvenir, nous contournons le massif de Ouled Rezzoug par le nord. La route s’étale en méandres enfoncés entre les beaux escarpements du mont Essarsarat et les ravins profonds de l’Oued Meguerba.

Les gorges du Guergour

Là, nous rejoignons la route qui vient de Takarietz (RN 74) et qui aboutit à Bougaâ. Bougaâ est une vieille sous-préfecture sous l’administration coloniale et qui était connue sous le nom de Lafayette. C’est une agglomération de dimensions moyennes qui a reçu, au cours des années 1990, beaucoup de nouveaux arrivants que les difficultés sociales ont poussés vers l’exode. Ils sont venus des monts Hella, Boukhrass et Boumahmoud, sur les hauteurs de Aïn Roua. Bougaâ, patrie attachante de Abdelhamid Benzine, écrivain et militant de gauche, et de l’écrivain aveugle Rabah Belamri mort trop tôt en exil, est aussi une terre bilingue où le kabyle et l’arabe coexistent sans difficultés particulières.

Au sud de la ville de Bougaâ, se dresse le massif de Tafat (Lumière, en kabyle) à une altitude de 1.613 mètres. C’est de ses entrailles que surgissent les eaux chaudes et sulfureuses de Hammam Gurgour. Un spectacle inouï s’offre à la vue dans les gorges du Guergour, tracées dans le lit de l’Oued Bousellam qui se déverse dans la Soummam, en face de la ville d’Akbou, juste après Hammam Sidi Yahia. Juste avant ce lieu de confluence, la rivière alimente le grand barrage de Tichy-Haf d’une capacité de 170 millions de mètres cubes. Son plan d’eau azuré fait miroiter prodigieusement les bosquets et les reliefs environnants.

Au pays de Bousellam

Les magnifiques gorges tapissant les rives hautes de Bousellam commencent à Heraoua et se terminent à la jonction de Bousellam avec son affluent, l’Oued Sidi Ali. A une dizaine de kilomètres de Bougaâ, par une route tortueuse, nous faisons notre entrée à Aïn Roua, ville située au pied du mont Hanini (1.554 m d’altitude) sur la RN 75 venant d’Amizour par Barbacha.

Aïn Roua vit d’agriculture de subsistance, d’élevage et d’émigration. Les mamelons et les bourgades périphériques vous donnent cette impression que les populations vivent en pays perdu : vieilles maisons, pistes difficiles, reliefs décharnés, tous ces aspects vous font oublier que vous n’êtes qu’à 40 km de la ville de Sétif. Aïn Sedjra, El Baouche, Alma Ouaklane, Tahammamt, Tizi Ouatou, Ouled Sighi, Tilmatine, sont quelques unes de ces petites bourgades à la beauté sauvage où le développement se fait encore attendre.

Depuis Aïn Roua, nous repartons sur la RN 75. La route qui descend sur Kherrata apparaît au bout de 26 km. La route dévale le relief en lacets et en fers à cheval. Un arrêt s’impose au village Tala Ifacène (la Source des mains, en kabyle) perché à 900 m d’altitude. Il est surplombé par les monts Boumarou et Iharkane. De beaux et pittoresques hameaux sertissent le chef-lieu de commune de Tala Ifacène : Tikesrine, Aftis, Ouled Saâdi, Taemmourt,…Les pics lointains donnent le vertige. Le mont Bouandas vogue de ses 1.610 m d’altitude tandis que, 2 km plus loin, le mont Taliouine culmine à 1.698 m. Les habitant de Bouandas sont nés sous ces pics ; ils les ont apprivoisés, eux, les gens du labeur et de l’effort, sarclant et bêchant la terre pour élever des figuiers et des oliviers sur les pentes ardues d’Agammoun Ouadrar, Takerkart et Chréa. Bouandas a envoyé beaucoup de ses enfants travailler dans la zone industrielle de BBA, à Sétif, à Amizour et à Béjaïa.

Retard de la saison pluviale

Cap sur Ath Ouarthirène. Dans cette commune de la wilaya de Sétif, nous sommes suspendus entre ciel et terre. La majesté des pitons, le tracé artistique des lignes de crête, la profondeur vertigineuse des vallons, l’hospitalité des gens vous changent tellement des maussades décors et de la froideur habitant les villes. Ighili Oufella, Tigherk, Bourdin, Tizi Rehal, Tizi El Koutine, et voilà que nous sommes déjà dans le giron des fractions des tribus des Beni Brahim et Beni Achach. Les Beni Chabana, un peu plus loin au nord, ont leurs demeures et masures suspendues aux hautes berges de Bousellam. Les faibles pluies d’automne, enregistrées au cours de ces dernières semaines, n’ont pas encore réussi à faire reverdir les pentes de Tarfat, Ighil Ali (à ne pas confondre à celui des Beni Abbès), Ighil n’Tala et Almeïcène.

Les troupeaux se contentent des restes des herbages d’été ; et comme le rappelle ce vieux berger, Ammi Ahmed, qui a déjà sorti sa kachabia pour supporter le vent frais des sommets de montagne, les ovins et les caprins sont bien servis par le feuillage des figuiers, alors que les plantes herbacées tardent à sortir du sol, du fait d’une saison pluviale qui n’arrive pas encore vraiment à s’installer. En effet, à la fin de la récolte des figues, les feuilles sont récupérées pour servir de bon fourrage. Après, avec le grand froid, c’est la rentrée dans la bergerie. Le bétail consommera le foin conservé en bottes.

Par Amar Naït Messaoud: impact24





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MESSEIEURS LES RESPONSABLES DE L ADE DE BOUGAA VOUS N AVEZ PAS HONTE DE LAISSER UNE COMMUNE COMPLETE SANS EAU ET CE PENDANT LES 3 JO
Contacte moi Halim !!
Mr Le Wali n'a pas de baguette magique et il ne pourra offrir que ce qu'il aura.Comme dans toutes les distributions de logements à
Salut c oussama
Mr Le Wali bravo,et bonne continuation
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